Lorsque les Européens rencontrèrent les Aborigènes d'Australie,
il y a deux cents ans, ils crurent être en présence de véritables
survivants des temps préhistoriques. Ces peuples sans maisons, à
la peau noire et aux cheveux longs, vivant nus, qui pratiquaient la chasse,
la pêche et la cueillette pour se nourrir, allaient être la source
des théories les plus farfelues sur les origines de l'Homme. 
Avec le temps, les savants à la recherche des fondements de la culture
et de la pensée de l'humanité se sont rendu compte que les sociétés
aborigènes ont suivi un développement intellectuel propre ; les
Aborigènes occupent le continent australien depuis au moins quarante
mille ans, mais leur évolution ne reflète pas du tout ce que nous
connaissons de notre préhistoire. Les ethnologues et aussi les mathématiciens
s'interrogent encore sur la complexité de leur conception du monde et
de leurs systèmes d'organisation sociale.
Reconnus citoyens australiens depuis 1967, les Aborigènes portent des
jeans, se déplacent en voiture et habitent presque tous des maisons avec
l'électricité. Pourtant, ils partent très souvent dans
le désert ou la savane pour chasser et camper. Les enfants ont à
l'école la même éducation que celle des autres petits Australiens
; cependant, chez eux, ils écoutent leurs parents évoquer des
histoires du Temps du Rêve, qui racontent la formation du paysage, l'apparition
des animaux, des plantes et des hommes. Ils découvrent que leurs ancêtres
sont des êtres fantastiques, qui ont sillonné la terre en se transformant
ça ét là en source ou en rocher, où ils veillent
pour l'éternité. A ces sites sacrés, très respectés,
sont associés des rituels de célébration des Êtres
éternels, qui sont dits guider les hommes dans leur sommeil. C'est pourquoi
les Aborigènes luttent pour que ces endroits ne soient pas détruits.
Beaucoup de la richesse et de la variété de la
culture des quelque cinq cents tribus australiennes est perdu
à jamais. Les massacres, les maladies, l'alcoolisme, l'enfermement
dans des réserves ou des bidonvilles ont décimé
certains groupes ; seules environ douze langues d'origine sont
encore parlées. Ceux des petits Aborigènes vivant
en tribu dans les communautés de brousse
apprennent toujours, selon la tradition, à chanter, à
danser et à peindre les histoires du Temps du Rêve
qui les attachent à leurs terres.
Barbara Glowczewski ethnologue, docteur ès-lettres

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